Armagnac Chateau Laballe

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Armagnac / Cognac
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Vertus thérapeutiques de l'Armagnac

 

Il est souvent ignoré que l’Armagnac fut longtemps consommé pour ses vertus thérapeutiques. Maître Vital Dufour, prieur d’Eauze et de Saint Mont, né vers 1260, franciscain, étudie la médecine à Montpellier en 1295 et deviendra Cardinal en 1313. Maître Vital Dufour a écrit un célèbre ouvrage de médecine, archivé au Vatican, et traduit par l’abbé Loubès. Cette étude du 14° siècle nous révèle toutes les vertus de l’Armagnac :


« Cette eau, si on la prend médicalement et sobrement, on prétend qu’elle a 40 vertus ou efficacités.
Elle cuit un oeuf, les viandes cuites ou crues, elle les conserve..., si on y met des herbes, elle en extrait les vertus...
Elle fait disparaître la rougeur et la chaleur des yeux, elle arrête les larmes de couler.
Elle guérit les hépatites si on en boit avec sobriété.
Elle guérit la goutte, les chancres, les fistules si on en boit, les blessures par application. L’onction fréquente d’un membre paralysé le rend à son état normal.
Elle aiguise l’esprit si on en prend avec modération, rappelle à la mémoire le passé, rend l’homme joyeux au dessus de tout, conserve la jeunesse et retarde la sénilité...
Elle calme le mal aux dents, elle enlève la mauvaise senteur du nez, des gencives, des aisselles.
Elle fait disparaître les rougeurs de la gorge si on se gargarise fréquemment.
Elle est très utile aux mélancoliques, aux podagres, aux hydropiques...
Elle fait disparaître la douleur des oreilles et la surdité, guérit la fistule du chancre...
Elle fait disparaître les calculs de la vessie ou des reins, guérit la fièvre quarte, pourvu qu’on en prenne avec sobriété de temps en temps. De même le lépreux s’il en prend modérément quelquefois, sa lèpre n’ira pas plus loin.
Elle est utile à la femme enceinte, si elle en boit de temps en temps modérément.
Si on oint la tête, elle supprime les maux de tête, surtout ceux provenant du rhume.
Et si on la retient dans la bouche, elle délie la langue, donne de l’audace, si quelqu’un de timide de temps en temps en boit... »


NDLR: Bien sûr, l'eau-de-vie d'armagnac doit être consommée avec modération.

 

 


L'Armagnac élixir de jouvence?

 

FRENCH PARADOX. Le professeur Nicholas Moore vient de prouver que l'armagnac avait des effets dans la prévention des infarctus et des thromboses. Mais attention ! ce n'est pas un remède !

Les publicitaires de l'armagnac, tout comme ses producteurs d'ailleurs, ne pouvaient espérer meilleure nouvelle que les récentes découvertes du professeur Nicholas Moore. Ce chercheur à l'université de Bordeaux 2 vient, en effet, de mettre en évidence que l'armagnac était bel et bien une eau-de-vie, au sens premier du terme. En clair, que ce spiritueux élevé dans les paradis gersois avait des effets bénéfiques sur la santé humaine. En particulier dans la prévention des risques d'infarctus et de thrombose. Ce qui ne signifie pas pour autant que l'armagnac puisse être considéré comme un simple médicament. Et encore moins comme un remède.



Toutefois, les recherches de Nicholas Moore démontrent formellement, aussi bien sur le rat de laboratoire que sur le bipède humanoïde en liberté, que la consommation - modérée - d'armagnac agit de manière évidente sur la fonction plaquettaire du sang. Un résultat qui conforte, au moins sur un point, les chercheurs en French paradox : l'environnement dans lequel nous évoluons, tout comme notre capital culturel cher aux économistes, jouerait bien un rôle sur notre santé. L'un des meilleurs exemples français étant, à ce jour, la longévité caractérisée des Gersois qui, à en croire les statistiques, vivent deux ans de plus que partout ailleurs dans l'Hexagone.

Observatoire. « C'est une donnée intéressante, souligne Nicholas Moore. Car, pour simplifier, nous avons peut-être là un modèle de vie idéal. Nous savons que les gens ici consomment beaucoup de légumes verts, lesquels sont très utiles pour l'organisme, tout comme le foie gras qui a les mêmes vertus que la graisse de poisson. Sans oublier le vin, l'armagnac et le cadre de vie. » Un modèle de subjectivité que la science rêve aujourd'hui d'identifier et de comprendre. Un observatoire de la qualité de vie gersoise a d'ailleurs été créé à cet effet. Et les recherches menées sur l'armagnac, l'un des programmes phares. Lequel, malgré des débuts prometteurs, n'en est pourtant qu'à ses débuts.

« Notre étude montre qu'il vaut mieux, pour notre santé, boire, avec modération bien entendu, de l'armagnac plutôt que de la vodka, précise Nicholas Moore. Maintenant nous avons besoin d'une étude beaucoup plus large, sur un échantillon de sujets plus importants et qui s'inscrivent dans le temps. » L'idée consistera notamment à analyser les modes de vie de deux types de population : celle ayant eu un infarctus et celle y ayant échappé. Une expérience qui débutera une fois le dossier de financement bouclé.

Saint-Graal. Toujours est-il que pour ce qui est des conséquences à long terme de sa découverte, Nicholas Moore reste prudent : « Je ne la mettrais pas au même niveau que le vaccin contre la variole, mais nous avons là un élément qui pourrait avoir des répercussions importantes pour l'économie de l'armagnac. Ses effets sur la santé pourraient favoriser une reprise de sa consommation. Immaginez que la Chine apprécie cette qualité supplémentaire... »

En attendant, le chercheur espère pouvoir plancher de nouveau sur l'armagnac. Et, plus précisément, sur l'extrait d'armagnac. Afin de trouver la partie active de ce nectar. Une nouvelle recherche qui passera par un examen plus approfondi des célèbres polyphénols, mais aussi de l'influence des bois utilisés pour le vieillissement. Sachant que les armagnacs les plus « efficaces » sont les plus jeunes. Le 12 ans d'âge étant la limite mise en évidence. « Au-delà, les effets ne sont pas constatés », souligne Nicholas Moore.

Et si le Saint-Graal, élixir de jouvence par excellence, n'était qu'un verre d'armagnac ? Ce ne sont pas les anges qui diront le contraire...

Nicholas Moore estime que cette découverte pourrait avoir des répercussions sur l'économie de l'armagnac

© 2003 Sud Ouest. Tous droits réservés.

 


L'Armagnac est la plus vieille

eau-de-vie de France

On a pu retrouver des traces irréfutables de sa production et de sa consommation dès le XIVème siècle. Mais on peut remonter plus loin encore, au temps de la Rome toute puissante qui a introduit la culture de la vigne dans nos terres. Les arabes plus tard apportent l'alambic puis les Celtes l'utilisation des fûts.

Le nom Armagnac viendrait d'un chevalier de Clovis, Herreman, qui reçut du Roi au Vème siècle un fief en Gascogne. "Herreman" aurait été latinisé (Arminius) et déformé en "Armagnac" par le langage local. Plus tard, dès 1310, Maître Vital Dufour prieur d'Eauze évoque dans un traité de médecine retrouvé au Vatican les 40 vertus de cette eau-de-vie.

Entre le XVème et le XVIIème siècle, les preuves du commerce de l'Armagnac se multiplient : on peut le trouver sur les marchés de Saint- Sever, Mont-de-Marsan ou encore Aire-sur-Adour.
Mais l'Armagnac doit réellement son développement commercial aux Hollandais. Alors que les Anglais interdisent le passage sur la Garonne de tous les vins autres que ceux de Bordeaux, les Hollandais ont l'idée de développer la distillation des vins de Gascogne afin de produire de l'eau-de-vie qui, elle, ne subit pas d'embargo. La production s'accélère alors et pour pallier les fluctuations des bonnes et mauvaises années, l'Armagnac est mis en réserve dans des fûts de chêne. On découvre alors miraculeusement la rondeur, la complexité aromatique, la couleur de ce mariage sublime entre le chêne et l'eau-de-vie.

Plus tard, le 25 mai 1909, la région s'organise avec un décret délimitant une zone de production et le 6 août 1936 l'Appellation d'Origine Contrôlée Armagnac est officiellement créée. Depuis, négociants, producteurs, distillateurs continuent sans cesse à travailler avec passion cet Armagnac, produit extraordinaire d'un terroir, de vignes et d'un savoir-faire extraordinaires.

 

 

L'automne en Bas Armagnac
 
Ce magnifique texte de Charles Ficat, publié dans la revue "Une Certaine Idée", raconte une poétique et nostalgique promenade en Gascogne et plus précisément au coeur de l'armagnac.

Dans les villes, l’automne marque la rentrée, celle des universités, des spectacles, de la vie politique. L’activité reprend, c’est le début d’une nouvelle saison. Les vendanges passées, la campagne, elle, entre dans un autre cycle. Les tournesols ont tiré leur révérence. On se prépare à l’hiver. Un ciel ténébreux couvre le paysage. Le vent qui fait remuer les branches annonce les averses à venir. Il ne fait pas bon rester dehors. On se réfugie près de la cheminée.Toutes les heures, le tintement des cloches de l’église vient nous rappeler le temps qui passe. Chaque coup fait renaître en moi la nostalgie d’un monde ancien, peut-être englouti. Il me semble voyager dans le temps, ou plutôt m’être arrêté à un instant précis, comme si le monde s’était figé depuis des décennies.

Dans ces villages de Gascogne, tout semble être resté pareil. Quand les abords des villes sont modifiés par les contraintes du commerce des hommes, on se lamente, on s’indigne. Quand, par chance, la cité est restée intacte, alors on s’étonne, c’est à peine si l’on s’en félicite. Les vieilles bâtisses résistent. Elles témoignent de la vision de nos prédécesseurs, qui ne construisaient pas légèrement. Ces vaisseaux de pierre sont leur legs, un ancrage dans l’espace ; ils illustrent ce qui ressemble à la grandeur des temps historiques.

Il pleut aujourd’hui. Les rues du village sont désertes. Après l’Amérique des pionniers, l’Europe connaîtrait-elle ses villes fantômes ? Tout est si calme alentour. La pluie fera grand bien à cette terre asséchée par des mois d’aridité. Au moins les agriculteurs, souvent si mécontents, seront satisfaits. Le vent est froid, le ciel humide. La tristesse automnale répand son grand voile sur l’horizon.

Fini le temps des grands banquets la nuit, des cerises et des prunes. Dans les villes, le cycle des saisons ne se fait presque plus sentir, alors qu’au contact des éléments la moindre variation climatique est aussitôt décelée. On regrette vite le départ du Grand Midi, car les premières gelées annoncent des jours plus durs encore.
Malgré les difficultés et les chagrins, la douceur des paysages vient réconforter notre âme. Les collines de l’Albret, les coteaux virgiliens, les tapisseries formées par les champs, ponctuées de peupliers, d’ormeaux ou de vieux chênes, rien ne manque à notre bonheur, dans cette nature accueillante.
Ô mélancolie des couleurs ocre de l’automne ! Dans cet univers de béatitude, les souvenirs se heurtent dans ma mémoire. Les visages des morts reviennent, ceux qui ne connaissent plus cette douceur, mais qui en goûtent une plus éternelle.

En marchant le long des coteaux, j’observe ce qu’il reste de vignes après les vendanges. Vin, floc, armagnac, les breuvages sacrés ne manquent pas dans la région. L’armagnac, surtout, qui donne aussi son nom à la contrée. Cette eau-de-vie est une eau qui maintient en vie. « Car la vraie, la pure eau-de-vie n’est pas un poison, mais un stimulant et un cordial. Un quasi-centenaire de mon pays, qui savoure chaque jour son petit verre d’armagnac, a coutume de dire : c’est le lait des vieillards », rapporte Joseph de Pesquidoux. L’armagnac est un digestif puissant, peu recommandable aux gosiers sensibles, qui ne supportent que des boissons légères.

L’Armagnac est aussi un camp qui prit fait et cause pour la France en un temps où celle-ci était trahie et vendue par les Bourguignons. Ces derniers incarnaient déjà au XVe siècle l’inévitable parti de la supranationalité, ceux à qui la France ne suffit pas. Souvenons-nous des Armagnacs.
Souvenons-nous aussi de d’Artagnan, capitaine de la première compagnie des mousquetaires du roi. « D’Artagnan, c’est le Gascon, disons mieux : le Français par excellence, à l’esprit juste et alerte, au corps souple et vigoureux, au cœur bon et compatissant, qu’aucune difficulté ne trouve en défaut, que n’effraie aucun danger, qu’aucune infortune ne laisse insensible, habile enfin au jeu de la finesse comme au jeu de la force, mais toujours loyal et brave comme son épée. » Le héros français périt, la gorge traversée par une balle de mousquet, lors du siège de Maastricht, en 1673.
(...)
Face à l’incertitude, je préfère rebrousser chemin. Le temps se gâte à nouveau. Comme il est plus confortable de se réfugier dans le souvenir des provinces disparues ! En route, je cueillerai quelques fleurs de Gascogne.

Charles Ficat